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Effets secondaires liés aux vaccins : quels sont les risques?

La mise au point de vaccins contre la COVID-19, dans des délais incroyablement courts, suscite l’inquiétude de certains citoyens. Que savons-nous des effets indésirables potentiels?

Devant la mise au point extrêmement rapide de vaccins contre la COVID-19, des inquiétudes émergent dans l’esprit de citoyens préoccupés notamment par les effets secondaires. L’hésitation face à la vaccination pourrait d’ailleurs freiner les efforts pour mettre fin à la pandémie, comme nous l’expliquions ici. Alors que les États-Unis s’apprêtent à débuter leur campagne de vaccination au mois de décembre, et que plusieurs pays leur emboîteront le pas, nous vous proposons de mieux comprendre les effets secondaires liés aux vaccins.

Effets secondaires transitoires et non graves

La plupart des effets indésirables liés à la vaccination sont des effets transitoires, qui surviennent juste après l’injection et disparaissent en 24 heures: douleurs dans le bras, fatigue, maux de tête, fièvre, douleurs musculaires.

Dans le cas des vaccins à ARN de Pfizer et de Moderna, ces effets sont en général mineurs, mais certaines personnes peuvent avoir des réactions intenses, au point de ne pas pouvoir travailler pendant une journée, par exemple.

«Les vaccins à ARN sont un peu plus inflammatoires que les autres. Ce n’est pas une mauvaise chose, ça veut dire que c’est efficace pour déclencher une réponse: c’est le signe que des cellules immunitaires migrent vers le point d’injection», a indiqué Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval, lors d’une séance d’information organisée par l’Association des communicateurs scientifiques du Québec et Génome Québec.

Dans le cas du vaccin de Moderna (et cela semble similaire pour celui de Pfizer), près de 10% des participants ont rapporté une fatigue et des douleurs musculaires, et environ 5% des douleurs articulaires et des maux de tête. Moins de 2% ont eu une fièvre élevée (plus de 39 ºC) après l’injection. Or, ces compagnies ont l’intention de fournir suffisamment de doses pour vacciner 35 millions de personnes d’ici la fin de l’année. Si c’est le cas, cela représentera 700 000 personnes souffrant de fièvre suite au vaccin, comme le souligne un article consacré au sujet dans le magazine Science.

Parmi les médecins et les chercheurs, de nombreuses voix s’élèvent donc pour que les entreprises pharmaceutiques et les autorités de santé communiquent au sujet de l’existence de ces effets. Ils craignent que les gens soient surpris et inquiets face à ces réactions indésirables, et ne se présentent pas pour recevoir leur seconde dose, notamment.

Effets secondaires graves

Pour l’instant, aucun effet secondaire grave n’a été déploré lors des essais cliniques de phase 3 de Moderna et Pfizer. On parle d’effet grave lorsque celui-ci est susceptible de mettre la vie en danger, ou est associé à une forte morbidité. Les effets graves associés aux vaccins en général comprennent par exemple des chocs anaphylactiques, des convulsions, et plusieurs complications neurologiques comme le syndrome de Guillain-Barré, une atteinte des nerfs périphériques qui entraîne une paralysie progressive (réversible dans la majorité des cas en quelques mois).

Historiquement, plusieurs exemples d’effets secondaires graves associés à des vaccins commercialisés rapidement, lors d’épidémies, ont terni les campagnes de vaccination.

Les effets indésirables graves liés aux vaccins étant très rares, il faut, pour les déceler, suivre de très grandes cohortes de personnes vaccinées. «Si vous vaccinez 40 000 personnes, ce qui est le cas dans les essais de phase 3, vous n’avez pas la puissance statistique pour déceler des effets rares, qui surviennent par exemple dans 1 cas sur 25 000. Alors pour repérer des effets très rares survenant dans un cas sur 500 000 ou sur un million, il faudra suivre des millions de personnes», a souligné Gary Kobinger.

C’est pourquoi il sera important d’assurer un suivi, dans les mois qui viennent, de toutes les personnes vaccinées. C’est ce qu’on appelle la surveillance post-approbation ou la «phase 4», et qui est mise en place à chaque fois qu’un nouveau vaccin est commercialisé. Au Canada, c’est la mission du système canadien de surveillance des effets secondaires suivant l’immunisation (SCSESSI), un système fédéral, provincial et territorial de surveillance de la sécurité des vaccins après leur commercialisation par la santé publique.

Prenons l’exemple du syndrome de Guillain-Barré. On sait que le vaccin contre la grippe peut augmenter le risque de ce trouble neurologique. En 1976, lors de l’épidémie de H1N1, la vaccination a été associée à un excès de 9 cas de syndrome de Guillain-Barré par million de dose de vaccin, dans les 42 jours suivant l’immunisation. C’est non négligeable, mais cela reste difficile à détecter.

En 2009, lors de la pandémie de H1N1, une surveillance particulière a été mise en place pour déceler cette complication. Au Québec, le risque attribuable au vaccin au cours des 4 semaines suivant la vaccination était d’environ 2 cas par million de doses administrées, selon l’INSPQ.

Des cas de narcolepsie (somnolence excessive) ont également été associés au vaccin Pandemrix de 2009, en particulier chez les adolescents (650 cas pour 19,4 millions de personnes vaccinées en Europe). Le lien de cause à effet n’a toutefois pas été établi hors de tout doute.

Demande de transparence

Avec les vaccins contre la COVID-19, il est donc trop tôt pour connaître le risque (et la nature) des effets secondaires graves. Cela étant, la vigilance est de mise. L’essai clinique de phase 3 d’AstraZeneca a d’ailleurs été interrompu brièvement en septembre en raison de la survenue d’un cas de myélite transverse, une inflammation rare de la moelle épinière. Selon l’entreprise, le cas n’avait finalement pas de lien avec le vaccin et les essais se sont poursuivis comme prévu.

Un mois après, l’essai de Johnson & Johnson, au Brésil, a lui aussi été mis sur pause en raison d’une «maladie inexpliquée chez l’un des participants», sans que d’autres détails soient dévoilés.

Ce manque de transparence est critiqué. «S’ils cherchaient à susciter la méfiance quant aux essais cliniques vaccinaux, ils n’auraient pas trouvé meilleure stratégie. Les entreprises pharmaceutiques doivent divulguer publiquement les détails de tous les effets indésirables graves», soutenait récemment Charles Weijer, professeur de médecine et d’épidémiologie à l’Université Western, dans un billet sur le site La conversation.

Pour Gary Kobinger, la question des effets graves se pose pour des cas exceptionnels, par exemple des personnes atteintes de certaines maladies rares – et qui ne le savent parfois pas. «Dans le cas de la COVID-19, on parle de vacciner des milliards d’individus, du jamais vu! C’est très peu probable que l’on ait un vaccin sécuritaire à 100% pour toutes ces personnes. Mais dans certaines populations, le taux de mortalité de la COVID-19 atteint 4%. On n’aura jamais 4% de risques graves avec un vaccin! Tout dépend donc d’où on place la barre, et de ce qu’on est prêt à accepter comme risque.»

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